Le droit d'être heureux dans un monde diversifié

18/07/2002
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La diversité a à voir avec ce que nous pouvons appeler une culture du pouvoir. La discrimination, les différences, sont un problème profondément culturel lié aux relations de pouvoir. Il n'y aurait pas de discrimination sans une volonté du pouvoir d'imposer aux autres secteurs une pensée unique, bien que la réalité montre qu'il n'existe pas une société uniforme, mais bien une société diversifiée et multiculturelle. Je crois qu'en cette époque de globalisation, une minorité qui concentre le pouvoir tente d'imposer cette pensée unique, et cela nous pouvons le voir non seulement dans les relations macro-économiques, mais aussi dans la vie quotidienne. Le phénomène de la discrimination continuera de se répéter si nous n'avons pas conscience que l'autre est un égal ou une égale. Quand ces différences et ces inégalités commencent, quand nous commençons à traiter l'autre comme une non- personne, alors se produit la discrimination. C'est précisément la définition d'une non-personne : ne pas traiter l'autre comme un égal. Et tout cela, nous pouvons le voir dans nos cultures, dans la discrimination des peuples indigènes, la discrimination des femmes, les discriminations raciales, religieuses, économiques. De plus, il y a une discrimination qui se change en pauvreté, il y a une sanction de la pauvreté, parce qu'être pauvre, c'est être différent, être pauvre c'est ne pas être un égal. Où se trouve la source de cette discrimination ? Je crois que nous faisons des différences entre les personnes par la couleur de la peau, ou par la religion, cependant si un blanc, un noir et un indien se piquent le doigt, nous constatons que notre sang est de la même couleur. Je dis cela car je veux expliquer que le fondement de cette discrimination est un problème culturel. On nous a imposé une culture de la domination et on utilise le pouvoir pour dominer et non pour servir. Je n'ai jamais compris pourquoi les peuples devaient honorer leurs gouvernants. Ce sont les gouvernants qui doivent honorer le peuple. Mais nous avons changé les valeurs et aujourd'hui les peuples honorent les gouvernants, quand ce devrait être l'inverse. En revanche, nous devons entendre clairement que les gouvernants ne sont pas les seuls à exercer le pouvoir. Le pouvoir et l'autoritarisme peuvent s'exercer à l'intérieur de la famille elle-même. Le pouvoir s'exerce par l'éducation, une éducation dominatrice et non pas libératrice. Que faire face à tout cela ? Nous devons nourrir une conscience critique pour faire naître, dans la diversité, une société d'égaux, et pour se faire nous devons nous libérer nous-mêmes de l'état d'oppression qui existe dans nos consciences et nos attitudes, dans notre comportement quotidien. La libération commence par chacun d'entre nous. Si nous ne pouvons nous libérer nous-mêmes intérieurement, dans notre conscience, nous ne pourrons nous libérer des structures de pouvoir. Le premier pas de tout processus de libération est de nous reconnaître comme personnes ayant les mêmes droits, les mêmes vertus et les mêmes défauts face à la vie. C'est seulement ainsi, dans la diversité, que nous pourrons créer une société d'égaux. J'insiste sur ce que toute société est multiculturelle et diverse, et que cela constitue précisément la grande richesse de notre société. Nous sommes préoccupés par les structures dominantes du modèle néolibéral, la culture de domination et la pensée unique, que nous ne pourrons dépasser que par une pensée qui nous soit propre. Je crois que le Forum Social Mondial nous donne la possibilité de construire cette pensée et cette conscience critique. De plus, il nous ouvre les portes de l'échange, de la communication, et, comme nous le savons, un des droits primordiaux de tout être humain est le droit à la communication. Il est curieux que dans des sociétés hautement technicisées, où il semble que nous soyons tous informés de tout, la réalité soit que majoritairement nous ne sachions rien. Par exemple, les moyens de communication de masse ne nous montrent pas ce qui est en train de se passer avec les peuples indigènes. Comme nous vivons dans la grande société de l'isolement social, peut-être que la seule façon de communiquer entre nous passera par les réseaux sociaux. Puisque les grands médias nous ont montré que la seule chose qu'ils sachent faire est de construire de grands monopoles de l'information, qui bien souvent cachent ou déguisent la vérité, puisqu'ils ont confondu la liberté de la presse avec la liberté d'entreprendre, alors ce sont les médias alternatifs, ceux qui naissent dans la vie des peuples, qui peuvent être conformes à la vérité ; et cela est important puisque nous ne pouvons pas construire une société sans vérité, sans justice et sans droit des peuples à la diversité. Je crois, en définitive, que dans la déclaration universelle des droits de l'Homme, il a toujours manqué un article. On y parle de droits sociaux, culturels et politiques, mais il en manque un, que nous devons introduire, le droit d'être heureux. D'être heureux dans un monde diversifié. *Adolfo Pérez Esquivel, argentin, prix Nobel de la Paix. Traduit de l'espagnol par ALAI.
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